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Fauli, après le dîner, put échanger quelques mots avec son gendre Wilden. Celui-ci fut d’une déférence et d’une hypocrisie délicieuses. Le mot «divorce» ne fut point prononcé. Le père Fauli…
Cityn toimitus10.6.2023 20:07(Päivitetty: 16.12.2025 13:17)
Fauli, après le dîner, put échanger quelques mots avec son gendre
Wilden. Celui-ci fut d’une déférence et d’une hypocrisie délicieuses. Le
mot «divorce» ne fut point prononcé. Le père Fauli parla seulement des
«conditions» qu’il mettait à son concours financier, et Jacques se
contenta de s’incliner, avec une décence résignée du meilleur goût. Puis
l’on prit rendez-vous pour le lendemain afin d’examiner les comptes,
échanger les signatures nécessaires, si toutefois Wilden n’avait pas
essayé de dissimuler sa véritable situation. Cette conversation ne dura
qu’un instant. Nul, excepté Berthe, qui suivait du regard les deux
hommes avec une impatience quelque peu anxieuse, ne put s’apercevoir
qu’ils venaient de traiter une si grosse affaire, et si singulière. Se
replongeant dans le [url=https://suy77.com]홀덤사이트[/url] groupe des femmes, qui le jugeaient charmant,
Jacques se mit à parler peinture. C’était son métier, puisqu’il en
vendait; et il en parlait comme il convient aujourd’hui, pour la seule
chose qui intéresse: le plus ou moins de chances qu’a l’œuvre d’un
artiste d’atteindre quelque plus-value dans un délai suffisamment
rapproché.
–Vous connaissez Schœnebaum, dit-il, le gros marchand de la rue
Bersier, celui qui détient aujourd’hui tous les Cézanne qui en valent la
peine, et qui garde en magasin Clarens, Mennevaux, Larive, la crème des
cubistes, pour s’en débarrasser au bon moment. Savez-vous l’origine de
sa fortune? Il me l’a contée un jour que je l’étais allé voir dans la
villa qu’il vient de se faire construire entre Orgeval et Villennes,
dans un des plus beaux paysages des environs de Paris. Une haute falaise
aussi abrupte que le mur d’une forteresse. On est là comme en ballon,
dans la lumière et dans l’air pur. Et de l’autre côté vers le couchant,
les lignes de la terre s’adoucissent, elles se déroulent, s’abaissent,
se creusent pour garder un vieux village, tout tassé, engourdi dans
cette grande coquille. Un village français: la chose la plus exquise!
Et tous ceux qui étaient là firent «oui» de la tête. Ils se sentaient
fiers, sincèrement, de ce pays; ils en étaient de toute leur volonté, de
tout leur choix, de toute la rigueur qu’on prétendait mettre à ce qu’ils
n’en fussent point.
–Et derrière, c’est la forêt, continua Wilden. A cette époque, le
commencement du printemps, les arbres en étaient encore roux, mais
tachetés par les bourgeons de points verts et jaunes. Elle ronronnait
sous le vent, elle faisait le gros dos. Une énorme panthère caressante.
»Il m’a montré tout ça, Schœnebaum. Nous avions tenu le carnet à la
Bourse, dix ans auparavant, quand nous étions petits commis, et ça lui
faisait plaisir de me prouver qu’il est arrivé, lui! Il m’a montré aussi
sa collection particulière, qu’il a cachée là: des Monticelli de la
première manière, un groupe d’hommes, entre autres, dont l’un tient un
couteau, extraordinaire, et des Daumier!
»Le tour du propriétaire était terminé. Je m’allongeai sur une chaise
longue, sous le péristyle, pour jouir encore du soleil et du paysage,
pour ne pas les quitter si vite. Schœnebaum s’assit à mes côtés et
sourit d’un air avantageux.
»–C’est un placement, fit-il, un bon petit placement, à une heure de
Paris. Les terrains prendront de la valeur. Et puis, ça n’est pas des
tableaux, ça c’est du vrai, ça me repose. Depuis dix ans que j’en vends,
des tableaux!
»Moi aussi, j’en vends, depuis dix ans! Et je ne me suis pas encore fait
bâtir une maison de campagne, avec une terrasse sur la Seine, un bois,
et une ferme–il y a une ferme!–Je ne pus me défendre de lui en faire
la remarque, en lui rappelant le temps où nous gagnions tous les deux
cinquante francs par mois chez le père Meyer.
»–Ça sert, tout de même, répondit Schœnebaum, sentencieusement. Il
avait du bon, le père Meyer, c’est lui qui m’a mis sur la voie. Tu te
rappelles, ce qu’il disait: «Il n’y a pas de mauvaises valeurs…»
–… «Il n’y a que des valeurs trop chères, continuai-je, citant de
mémoire. La plus mauvaise valeur, c’est le Kerkennah…»
–… «Mais si vous voulez m’en donner à cinq centimes par titre, je
suis preneur!» acheva Schœnebaum. Eh bien, continua-t-il, moi, j’ai
réfléchi. Je me suis dit: «C’est tout de même comme ça qu’il a fait sa
fortune, le père Meyer. Seulement, à la Bourse, il faut de gros
capitaux. Et puis, à la Bourse, il y a un cours; on ne peut pas acheter
au-dessous du cours, et ça limite l’initiative. Alors, j’ai réfléchi, je
te dis, et je me suis mis dans les tableaux, les dessins, les estampes;
j’ai loué cette boutique de la rue Bersier, entre le boulevard et
l’avenue de l’Opéra.
»–Mais qu’est-ce que tu y connaissais, aux tableaux, aux dessins, à
toutes ces choses-là?…
»–Rien… Il n’y a pas besoin. C’est la même chose que pour les vieux
habits et les valeurs, et tout le reste: il faut acheter bon marché,
voilà tout, et attendre. J’ai attendu. C’est dur. Deux ou trois ans,
j’ai attendu. Je faisais de petites affaires, je marchais pour les
empereurs de la profession, j’entreposais. Mais j’avais confiance; je me
disais: «Il faut que ça vienne, ça ne peut pas ne pas venir!» Et un
jour, Wilden, c’est venu! C’est venu sous la forme d’une bonne vieille
petite dame. J’étais sur le pas de ma porte et je l’ai vue arriver, la
petite dame, du bout de la rue Bersier, descendue de Montmartre,
sûrement, à pied. Elle trottinait, trottinait, et le gros carton à
dessins qu’elle portait dans la main droite faisait dévier sa vieille
taille toute plate, parce qu’il était trop lourd. Ce sont les
inspirations du commerce: je n’ai pas hésité un instant, tu entends
bien, pas un instant! Je suis allé au-devant d’elle, et je lui ai dit:
»–Vous avez des dessins à vendre, madame?»
»J’avais bien vu qu’elle regardait les magasins de tous les confrères,
sans oser entrer, sans pouvoir se décider. Elle prit un air tout
effarouché, parce qu’elle ne s’attendait pas qu’on lui parlât dans la
rue, et tout de suite, de ce qu’elle venait faire. Elle resta un instant
sans répondre, mais en souriant, en saluant par révérences: une vieille
petite dame bien polie. Moi, pendant ce temps-là, je la regardais,
j’étudiais: «Pas un bijou… Elle est en deuil. Ça ne prouve rien…
Mais le chapeau est une forme d’il y a deux ans, sur lequel elle a
rattaché un crêpe. Et le corsage: c’est un corsage qu’on lui a donné, et
qu’elle a rétréci elle-même. Elle a besoin d’argent. Tout le monde a
besoin d’argent; mais celle-là est pressée.» Enfin elle ouvrit la
bouche:
»–Oui, monsieur, oui… Ce sont des dessins de mon pauvre mari,
rehaussés avec de la couleur. Oh! il y tenait, il y tenait, de son
vivant, et ses amis lui en disaient beaucoup de bien. J’en ai retrouvé
tout un tas au fond d’une malle: alors j’ai mis dans ce carton ceux qui
m’ont eu l’air le plus fini… Monsieur Dayez, il s’appelait, mon mari.
Vous connaissez, peut-être?
»–Dayez? fis-je. Non, madame.
»Mais si, je connaissais! _On se mettait_ sur les dessins de Dayez! Il
ne manquait, pour que ça fît les gros prix, tout à fait les gros prix,
_qu’il y en eût assez_. Car, n’est-ce pas, pour une dizaine, ce n’est
pas la peine de faire ce qu’il faut: la publicité, les rachats, tout le
jeu. Ça coûte! Et voilà que la veuve tombait dans ma rue Bersier avec
son gros carton! Il fallait voir. Je la fis entrer dans mon magasin, et
je vis! Il y avait là, cent quarante dessins, cent quarante Dayez! des
miracles, mon cher, des miracles! Ceux qui s’étaient rencontrés déjà
dans les ventes étaient à cent piques au-dessous: des dessins donnés à
des amis, et on ne donne jamais le dessus du panier, bien entendu.
»La veuve larmoyait. Elle avait de pauvres yeux tout rouges, tout
gonflés, des narines humides. Son mouchoir était trempé. Je crus d’abord
que c’était par vrai chagrin, ou pour m’attendrir. Mais elle me dit au
contraire, en manière d’excuse:
»–Je vous demande pardon, c’est la grippe. Et je pleure, monsieur, je
coule… Ma pauvre tête! Je ne me connais plus de migraine.
»Elle faisait toujours ses révérences, et demanda:
»–Qu’est-ce que vous pouvez me donner de ces dessins, monsieur?
»Je fis comme on fait toujours. Je refermai le carton et je dis:
»–Ça ne m’intéresse pas… Qu’est-ce que vous en demandez, vous,
madame?
»–Mon mari, fit-elle, les vendait cinquante francs… Et je vis qu’elle
avait calculé son affaire sur ce prix-là, qu’elle avait rêvé, comme
d’une chose presque impossible, comme d’un bonheur presque au-dessus de
la réalité, cette somme de sept cents francs.
»–Cinquante francs, dis-je froidement: mais il y a combien de temps?
C’est démodé, cet art-là! Et puis, on vend un dessin, un seul, cinquante
francs, mais toute une collection? Voulez-vous quatre cents?
»Nous conclûmes à cinq cents. Je la vis sourire, en serrant les lèvres;
en général, les marchands achètent à un tiers, un tiers à peine du prix
demandé.
»–J’en ai encore, dit-elle. Si vous voulez, je vous les apporterai.
»–J’irai vous voir, répondis-je.
»Elle me donna son adresse, et j’eus le courage d’attendre un mois avant
d’aller chez elle: il ne faut jamais avoir l’air de désirer une affaire.
Et pendant ce temps-là, j’avais vendu trois de ces dessins vingt-huit
mille francs! Le jour où je gravis les hauteurs de Montmartre, j’avais
de la reconnaissance pour cette vieille, en vérité; j’étais ému. Je me
rappelais ses petites mines bien honnêtes, ses révérences, et même son
rhume de cerveau. En passant devant une pharmacie anglaise, un sentiment
de générosité me poussa à faire l’emplette d’un de ces vaporisateurs qui
servent à injecter dans les narines je ne sais quelle drogue
adoucissante. J’en eus pour mes cent sous. Je trouvai la veuve qui
déjeunait, à midi, d’un œuf à la coque et d’une tasse de café au lait.
Et quel logement: un loyer de trois cents francs par an! Elle me montra
ce qu’elle possédait encore, me dit-elle, de l’œuvre de Dayez: eh bien,
elle avait mal choisi ce qu’elle m’avait apporté, elle avait choisi _à
son goût_; ce qui lui restait était bien meilleur. Une centaine de
pièces de premier ordre. J’en proposai deux mille francs, et elle me
sauta au cou. Alors, je lui offris cette petite chose que j’avais prise
chez le pharmacien, je lui en expliquai l’usage, je lui dis que j’avais
pensé à elle, et que ça coupait le mal comme avec la main. Ses yeux se
remplirent de larmes, de vraies larmes, cette fois. Elle murmura: «Mon
Dieu! mon Dieu!» Ces vieilles femmes, il n’y a plus personne qui
s’inquiète d’elles, elles ne sont pas gâtées, les plus petites
attentions les touchent. Elle me prit les mains, elle les baisa. Je vis
qu’elle cherchait, elle aussi, quelque chose à me donner, en retour. Et
à la fin, se décidant, elle alla chercher dans une commode, au-dessous
de son linge, une dizaine d’autres dessins.
»–Il y avait aussi ceux-là, me dit-elle. Ce sont ceux que mon mari
aimait tout à fait. J’avais voulu les garder en souvenir de lui, mais
prenez-les. Oh! Je vous en prie, prenez-les!
»Et je les ai emportés pour lui faire plaisir! Mon vieux, j’ai fait près
d’un million, avec les dessins de Dayez. Ils ont été mon crédit, mon
fonds. C’est avec eux que j’ai pu partir pour les grandes affaires.
–Mais la veuve, demanda le petit docteur Lévy,–il n’était pas comme
les autres, dans toute cette histoire, il ne s’était intéressé qu’à la
veuve: sans doute, il n’avait pas compris.–Qu’est-ce qu’elle est
devenue?
* * * * *
–C’est peut-être le plus beau de l’affaire, expliqua Wilden. Schœnebaum
m’a dit qu’elle habite maintenant une maisonnette à Clamart, avec un
jardin grand comme un mouchoir de poche par derrière. Ça ne coûte pas
plus cher qu’une chambre à Paris… Et un bienfait n’est jamais perdu:
chaque automne, elle envoie à Schœnebaum ses dernières roses, et un
panier de poires de son unique poirier.
* * * * *
Le petit docteur Lévy rougit, voulut dire quelque chose, balbutia, se
laissa couper la [url=https://suy77.com]오마하홀덤[/url] parole par madame Gonzalès-Herrera, qui trouvait
l’aventure adorable, et quelques instants plus tard, s’évada
silencieusement. Son grand cœur charitable lui pesait dans la poitrine.
Plus que cela, il souffrait dans cet immense appétit de justice, dans
cet instinct de revendication qui, au cours des siècles, a fleuri comme
une plante douloureuse dans l’âme d’Israël persécuté. Pour Fauli, il
haussait les épaules. C’était ça que son gendre croyait le commerce, le
grand commerce, les grandes affaires! C’était son idéal, c’était sa
jalousie de ressembler à ce Schœnebaum, de réussir un coup comme le
sien, en roulant une pauvre femme ou un pauvre diable! Non, non, ce
n’était plus un juif, ce n’était plus un vrai juif. Son beau-frère
Fischer, que Fauli regardait avec méfiance, l’était resté bien
davantage, il fallait lui rendre cette justice. Fischer faisait tous les
jours la même chose, avec rigueur, avec acharnement. Il avait conservé
de l’ardeur, de la générosité. Bien moins riche que Fauli, il était
donnant, quand il s’enthousiasmait d’une œuvre ou d’une cause. Mais lui,
ce Wilden, trois générations déjà de juifs parisiens dans sa famille
l’avaient aveuli, énervé, rendu semblable à la masse des Parisiens.
Fauli ne disait pas à tous les Français; il avait longtemps fréquenté la
province, au temps où il organisait ses usines de Picardie, il méprisait
sa timidité, sa mesquinerie en affaires, mais rendait hommage à son
honnêteté, à sa volonté âpre et patiente, à la rigidité de mœurs de sa
bourgeoisie. Wilden n’était plus bon que pour le plaisir, il attendait
la fortune de la chance, du hasard. Il n’était rien, rien, rien! Et ce
néant était le mari de sa fille. Sa décision de s’en débarrasser, même
malgré elle, s’enracina. Il fut à cet égard, quand il reçut son gendre
le lendemain, aussi net et tranchant qu’un coup de serpe: il lâcherait
les cent soixante-dix mille, mais pas avant d’avoir vu commencer la
procédure de l’instance en divorce. Jacques ne protesta que juste ce
qu’il fallut pour montrer de la délicatesse. Il put même, sans en avoir
l’air, réserver l’avenir. «De quel droit, demanda-t-il, avec une
indignation qu’il sut maintenir dans les bornes de la déférence,
voulez-vous séparer deux cœurs qui s’aiment? Cela est immoral!»
Toutefois Fauli, quel que fût son degré bien supérieur de subtilité, ne
soupçonna rien: sa clairvoyance, ainsi qu’il arrive même à de plus
grands génies, se laissa momentanément obscurcir par la violence de ses
espoirs.