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Cityn toimitus10.6.2023 20:10(Päivitetty: 16.12.2025 13:17)
Maître Silvain Roux avait déjà, en effet, quelque répugnance à se
charger d’une [url=https://suy77.com]오마하홀덤[/url] cause où il s’agissait d’obtenir la dissolution d’un
mariage, non point pour les raisons alléguées devant le tribunal et qui
étaient celles qu’admet la loi, conservatrice plus ou moins intelligente
d’une certaine sorte de morale sexuelle, mais tout simplement parce que
M. Fauli craignait que son gendre ne commît de nouvelles sottises
commerciales. Cela lui paraissait déjà un peu violent; et s’il avait su
qu’il allait aider non pas M. Fauli, son véritable client, à se
débarrasser de son gendre, mais M. Jacques Wilden, son adversaire, à
rouler M. Fauli, il aurait refusé net. C’est pourquoi Berthe, devant
Maître Roux, craignait toujours que son secret ne lui échappât. Elle
arriva donc chez lui avec la petite inquiétude qui lui était habituelle.
–Madame, dit l’avocat, assez gravement, je vous ai priée de venir parce
qu’il vient de se découvrir un fait douloureux pour vous, mais de nature
à augmenter les chances que vous avez d’obtenir gain de cause devant la
justice. Il faut que je vous le répète, après monsieur Aubriot, le
magistrat chargé des préliminaires de conciliation: vous avez joué,
votre mari et vous, un jeu assez dangereux. Vous pensiez ne tromper que
le tribunal: on va bien souvent plus loin qu’on ne croit; il y a
toujours du péril à feindre, dans des matières qui ne supportent que la
vérité… Connaissez-vous la personne avec qui monsieur Wilden a
entretenu des relations?
–J’ai vu son nom, je crois: Madeleine Mercier, une fille quelconque.
Vous savez bien que ceci n’a aucune importance.
–Mademoiselle Madeleine Mercier est ici, madame. Elle attend à côté.
Voulez-vous la voir?
Il paraissait, il avait toujours paru à Berthe Fauli qu’un abîme la
séparerait éternellement de cette personne sans préjugés, prise au
hasard, lui avait-on dit, pour jouer un rôle dans la comédie juridique
où elle s’était engagée gaiement, peut-être inconsidérément, et parce
que rien dans la vie ne lui avait jamais paru sérieux, excepté son
amour. Elle fut choquée.
–Moi? dit-elle. Vraiment, monsieur…
–Il faut qu’elle vous parle, continua l’avocat. Il y a des choses que
vous ne savez pas.
… Une femme entra, dont Berthe ne vit d’abord que les yeux bruns,
tendres, timides, humides, brûlants, ces yeux de flamme et
d’incorruptible candeur que gardent les femmes chez qui le besoin
d’aimer anéantit presque l’intelligence. Ils avaient quelque chose de si
éloquent, de si fort, de si déchiré, qu’il fallait un instant pour s’en
détourner et distinguer le reste: la bouche un peu large, le nez bien
droit, triste et voluptueux, qui partageait deux joues trop maigres, et
sur les cheveux couleur d’acajou, lourds, somptueux, pareils à un
incendie qui s’éteint, un de ces chapeaux un peu maladroits, mais encore
charmants, comme en savent seules faire les Parisiennes pauvres qui,
ayant eu du moins le bonheur de n’être pas bien nées, savent se servir
de leurs doigts. Et le reste était tout ordinaire et modeste, sauf pour
une fourrure qu’on avait mise malgré la saison qui s’avançait, parce que
c’était ce qu’on avait de plus beau, pour se faire honneur.
Berthe la regardait avec le pressentiment d’une méprise, et peut-être
déjà d’une perfidie; mais elle n’en éprouvait encore que de
l’énervement. Elle n’aurait pas voulu que cette femme fût là, et fût ce
qu’elle était, voilà tout. Madeleine Mercier, qui s’était assise près de
l’avocat, comme pour se mettre à l’abri, dit peureusement:
–Madame, je vous demande pardon. Ah! comme je vous demande pardon! Mais
je ne savais pas que monsieur Wilden fût marié.
–Je le suppose, fit Berthe sèchement. Il n’avait pas à vous raconter
son histoire.
–Non, madame, répondit Madeleine. Il m’en avait raconté une autre.
C’était il y a longtemps, quand il venait tous les jours chez Primrose,
la maison de copies à la machine à écrire, où je travaillais, et il
m’attendait le soir… quelquefois aussi à midi, pour déjeuner.
–Il y a longtemps? interrogea Berthe effrayée. Qu’est-ce que vous
appelez longtemps?
–Il y aura six mois, le 27 mai!
Les femmes savent toujours ces dates-là! La copiste avait répondu
passionnément, parce que ça lui rappelait des choses, et encore des
choses, une infinité de souvenirs délicieux ou amers. Six mois! Et
Berthe et Jacques étaient encore mariés, six mois auparavant! Ainsi son
mari avait eu un caprice, plus qu’un caprice, presque une liaison! Mais
alors, s’il avait aimé cette fille, pourquoi l’avoir sacrifiée, pourquoi
s’être amusé à livrer son nom aux gens de justice? Berthe devina la
décision légère d’un homme qui avait voulu se débarrasser d’une chaîne,
sans s’arrêter à la cruauté du moyen, ou plutôt parce que cette cruauté
lui avait paru plaisante. Ah! s’il avait eu vraiment, à côté de son
foyer, un autre foyer, une seconde épouse, elle en eût souffert, et
pourtant un instinct de résignation, issu d’une obéissance passive à des
traditions antiques, le lui eût peut-être fait pardonner. Mais ça! Cette
méchanceté d’inconscient et de débile, et ce mensonge qu’il avait fait!
Berthe cria:
–Il m’avait dit qu’on vous avait payée, pour… pour la chose?…
–Moi, madame, dit l’amoureuse, moi, payée? Oh! Je l’ai aimé, voilà
tout. Payée! Pas même une paire de gants.
Elle fondit en larmes. Alors Berthe se mit à pleurer aussi. Et elles
furent toutes deux, un instant, comme Lia et Rachel, pour avoir aimé le
même homme.
* * * * *
Subitement, au plus profond de la pensée de Berthe, germa un soupçon
atroce, poignant, dont elle frissonna. Cette fille était jolie, elle
était plus jeune qu’elle, et voluptueuse, faite pour l’amour. Jacques
prétendait l’avoir sacrifiée, insouciamment, pour se débarrasser d’une
liaison qui commençait à l’importuner. Voilà ce qui apparaissait, pour
le moment. Il avait agi avec sa légèreté habituelle, son mépris
coutumier de tout ce qui le gênait, des lois, de la morale. Mais d’abord
il l’avait trompée, elle, Berthe. Six mois, il y avait six mois que
cette liaison durait! Elle avait débuté alors que Berthe se sentait
encore en plein bonheur, se croyant uniquement aimée. Et n’y avait-il
pas, ne pouvait-il y avoir, quelque chose de plus redoutable. Est-ce que
c’était fini, réellement fini, entre cette fille et Jacques! Est-ce que
ça n’avait pas continué?… Non, non, ce n’était pas possible! Elle
voulut savoir, à tout prix:
–Il vous avait dit, au moins, il vous avait dit qu’il se servirait de
vos lettres?
–Non, madame, il ne m’a jamais prévenue. Je n’ai su qu’après, par
l’avocat, qui avait été averti, je ne sais comment…
Berthe, sourdement, soupçonna son père. Madeleine Mercier continua:
–Alors, je lui ai fait des reproches. Ça me faisait tant de mal, ça me
paraissait si vilain, qu’il ait fait lire comme ça devant le monde, et
par des avocats, par des juges, des choses qui étaient pour lui seul.
Mais il a ri. Il a dit: «Puisque c’est pour un divorce! Nous serons–je
vous demande pardon, madame!–nous serons bien plus tranquilles après.»
Mais l’avocat m’a donné à penser qu’il y avait peut-être des
combinaisons pas bien droites, pas ordinaires, dans ce divorce, que
peut-être vous étiez restés bien ensemble, et que vous n’aviez l’air
brouillés que pour les juges. Ça m’a fâchée! Ah! ça m’a fâchée! Et quand
on m’a dit alors: «Voulez-vous voir cette dame, et lui raconter?» j’ai
accepté. Je voulais vous dire: «Vous croyez qu’il se moque de moi, il se
moque de vous.» Seulement, madame, ce n’est pas la même chose quand on
voit les personnes… C’est un homme qui a du goût pour les femmes,
voilà tout.
Berthe admira intérieurement comme elle connaissait Jacques: un homme
qui avait «du goût» pour les femmes, et qui ne les aimait pas vraiment.
Mais sa jalousie s’en accrut.
–Alors, poursuivit Madeleine Mercier, je comprends maintenant qu’il se
moque de nous deux. Il se moque de tout. Il ne sera jamais fidèle, ce
n’est pas dans sa nature.
Berthe crut sentir tomber sa colère contre la complice. De quoi
était-elle responsable? Cette fille venait de le dire, avec son bon sens
de petite Française: Jacques ne serait jamais fidèle à aucune femme. Il
était trop cynique, trop superficiel, trop porté au plaisir, et faible,
et sans frein. Si ce n’avait été celle-là, c’eût été une autre. Mais
lui! Une nausée lui monta aux lèvres.
–Revenez me voir, dit-elle à Madeleine Mercier. Après-demain. Voici mon
adresse: c’est [url=https://suy77.com]오마하홀덤[/url] chez mon père. Je crois que j’aurai quelque chose à vous
dire.